La petite fille méchante.

« Dans notre film, on cherche une actrice pour faire  la petite fille gentille et une pour incarner la petite fille méchante, laquelle veux-tu être? »

Voilà la question posée dans le court métrage français LOUIE  à des gamines qui ont, j’estimerais, entre six et huit ans. Sans grand étonnement, elles répondent à l’unanimité : la gentille!

Ouf! Il y a encore de l’espoir et puis elles sont trop jeunes pour basculer vers le côté obscur de la force. Ca viendra avec le secondaire, les premiers petits copains et les premières larmes.

Cependant, on précise ensuite aux jeunes futures miss France que la petite fille méchante est la plus JOLIE des deux petites filles. Un détail futile pour une comédienne sortant du conservatoire et en recherche de travail, mais un véritable enjeu quand on a huit ans!

Bien qu’on met l’accent sur le fait qu’elle est TRÈS méchante, cela n’a soudainement plus d’importance :elles veulent toutes être la plus belle, par conséquent, elles optent maintenant pour le rôle de la méchante.

Coup de théâtre!?

Ah ben non. Comment peut-on s’offusquer qu’une fillette désire être la plus coquette? Et puis ce n’est que du cinéma! On ne leur demande pas d’être méchante pour vrai, elles comprennent qu’on va jouer «à faire semblant». Ici, la beauté leur apparaît comme une qualité incontournable contrairement à la gentillesse, cette dernière étant probablement plus «abstraite» à leurs yeux.

Veux-tu être jolie ou «moins jolie», voilà l’unique dilemme auquel elles sont confrontés, car il n’a jamais été question ici d’une laideur atroce,  juste « moins jolie » a suffi pour changer leur fusil d’épaule. Pourquoi? Parce que, et là je ne vais pas faire tomber personne en bas de sa chaise, la beauté est un critère très important dans notre société et les enfants n’y échappent pas, eh non!

Un jour, ces catherinettes vont grandir et devenir de gentilles princesses et d’autres moins gentilles, mais souhaiteront toujours rester la plus belle du bal. C’est d’ailleurs ce qu’a voulu nous démontrer récemment Léa Clermont-Dion avec son documentaire Beauté fatale.

LBF chirurgie

Mais revenons au court métrage Louie.

Le problème ici, c’est que ces bambines avaient fait d’emblée, la corrélation entre méchanceté et «moins jolie». Il y a lieu de se demander d’où leur vient l’idée que la plus méchante était sous entendue la moins avantagée esthétiquement? Devient-on mesquine uniquement parce qu’on est moins jolie ou les gens nous paraissent «plus laid» quand ils sont mal intentionnés?

Oui, je sais, on a qu’à penser aux Cruella, Ursula, Maléfique et toutes ces méchantes belle-mères auxquelles ces fillettes sont exposées depuis qu’elles sont aux couches, mais lorsqu’on sort de l’univers Disney et des films d’animations et qu’on regarde ce qui se fait au cinéma et à la télé, en quoi les petites «pas fines» sont plus laides?

LBF les méchantes

Une des participantes du court métrage effleure du bout des doigts le problème, lorsqu’on lui demande à quoi ressemblerait la petite fille méchante selon elle :

«Elle s’habille mal.»

Il aurait été intéressant qu’on pousse plus loin l’analyse des critères de ce qui constitue une «méchante», mais je comprends que ce n’était pas le but de l’exercice.

À leur âge, on aurait probablement eu droit à des aspects se limitant au physique tels: elle a des vêtements noirs et les cheveux noirs ou colorés ( Disney réussi très bien dans le domaine ), elle est négligée, sale et pauvre. Oui, qu’on ne le veuille ou non, le mot pauvre serait rapidement arrivé dans les descriptions, j’en suis certaine.

Pourtant, dans les contes, les princesses sont souvent, au départ, des femmes portant haillons et habits de servante. Elle sont sommes toutes jolies, mais on préfère nettement Cendrillon dans sa robe de bal! Et puis, honnêtement, on nous vend aucuns costumes de Cendrillon AVANT le passage de la Fée Marraine…

Cendrillon barbie servante

Étrangement, dans mes souvenirs de jeunesse, les petites filles gentilles étaient souvent les fillettes abandonnée, orphelines et pauvres. Les «méchantes», quant à elle, étaient principalement des petites pimbêches de riches et arboraient souvent les bouclettes blondes et les yeux bleus. Par exemple, l’haïssable Nellie Oleson dans La petite maison dans la prairie, pour ne nommer que cette «petites crisses-là».

Je me suis donc questionnée sur mon propre rapport à la beauté quand j’avais l’âge de croire que je pourrais me payer un voyage aux Cités D’or avec l’argent de ma tirelire.

Enfant, j’ai toujours été plus attirée par les méchantes sorcières que par les princesses naïves que je trouvais un peu trop gnagna. Elles me tapaient sur les nerfs de vouloir tant se marier à un prince qui n’avait que pour seule prérequis de «passer par là». Bon ok, j’étais dans ma période : les garçons c’est yiark**

** Période qui reviendra aléatoirement dans la vingtaine et aussi dans la trentaine pour d’autres raisons! Nelly Olson-Nellie Oleson-

Même dans mes barbies ma préférée était une asiatique à la chevelure couleur ébène. Peut-être parce que j’étais moi-même une petite blondinette aux yeux bleus ( mais nullement fille de riche! ) et que je rêvais de ce que je n’avais pas!

Pour moi, les méchantes étaient fortes, rusées et elles inspiraient le pouvoir: elles me fascinaient. Je me souviens avoir préféré Odile à Odette dans le Lac des cygnes de ciné-cadeau, j’aimais bien l’impitoyable Reine de coeur dans Alice aux pays des Merveilles et finalement, la vile sorcière de L’ouest dans le magicien d’Oz, bien qu’affreuse, avait plus la cote dans mon coeur que son homologue du Nord.

Et j’ai pour preuve l’Halloween de mes quatre ans où j’ai porté fièrement un costume confectionné par ma mère, de la terrible sorcière dans Blanche-Neige! Pomme empoisonnée et pustule sur le nez incluses. C’était amusant d’être ce que je n’étais pas : une méchante avec de faux longs ongles! Mouahhhhhhhh.

LBF sorcière blanche-neige

Costumes de sorcière : 3 Halloweens consécutifs

Costume de princesse : 0

Et c’était bien avant que les Julia Robert, les Charlize Theron et les Anjelina Jolie viennent redonner aux méchantes leurs titres de noblesses dans les remakes de Disney.

Je suis persuadée que si Harry Potter avait existé dans ma jeunesse, Bellatrix ( Helena Bonham Carter)  aurait détrôné Hermione en moins de deux, dès ses premières apparitions dans le quatrième de la sep-trilogie. J’étais comme ça, j’aimais les vilaines. Je les aime encore.

Bellatrix

Mais revenons en 2015, bon, les petites filles privilégient être belles plutôt qu’être gentilles et puis? On pourrait remplacer la méchante par une fillette intelligente et le résultat serait le même. Elles préféreraient être probablement malades et connes plutôt qu’en santé, si ça leur donnait le privilège de rester «la plus belle».

Ca nous semble triste pour, nous, adultes et on peut crier au scandale, aux stéréotypes de beauté qu’on déverse dans les magasines, au cinéma et même dans les livres à toutes ces femmes en devenir. Honte à tous ces faiseurs d’images qui s’acharnent ENCORE sur les porteuses des chromosomes jumelles X.

Et on peut aussi se calmer le pompon une minute. Les fillettes sont-elles les seules exposées aux stéréotypes?

Et si on faisait le même test avec des garçons?

« Il y a un méchant et il y a un héros, lequel veux-tu être? »

Probablement que le héros remporterait haut la main. Cependant, si on précise que le méchant est le plus FORT des deux, changeront-ils aussi leur choix? Le désir de force chez le petit garçon est probablement comme celui de la beauté pour la petite fille: non négociable.

Super-Héro petit garçon

En terminant, j’ai décidé de faire un test-maison en prenant le seul échantillon à ma disposition : une fillette de neuf ans blonde aux yeux bleus qui dors chez-moi.

( Je parle naturellement de ma progéniture et non que j’avoue un quelconque kidnapping ).

Je lui demande la question de départ. Elle réfléchit… plusieurs secondes… je la rassure en lui disant qu’il n’existe pas de bonne réponse, ni de film en production d’ailleurs. Finalement, mon héritière me répond : la méchante.

J’étais fière d’elle! Elle était bien la fille de sa mère! J’aurais dû lui demander pourquoi, mais j’ai tout de suite enchaîné en inversant et en lui expliquant que la gentille était la plus jolie des deux et vous savez quoi?

Bon oui, j’aurais aimé vous dire qu’elle s’en foutait et que cela ne l’a pas fait changer d’avis, mais non, elle se rétracte : ben j’veux être la gentille d’abord».

LBF princesse grimace

Pourquoi? Je demande étonnée.

«Ben je pensais que la méchante était la plus belle, car dans ( elle me nomme une émission de dessins-animés dont j’ai oublié le nom ) la méchante est jolie avec ses cheveux rouges!»

Voilà.

Oui, elle préfère Hermione Granger et trouve Bella affreuse, non ma barbie asiatique dont elle a hérité, n’est pas sa préférée (mon coeur saigne). Certes, elle aime Mercredi dans la famille Addams et se costume en sorcière à Halloween mais elle refuse le maquillage et autres accessoires (faux nez, bouton) susceptibles de l’enlaidir…

Voilà.

Ma fille est comme les autres petites filles. Elle veut être belle. Fuck il est où le mal ?! Ma fille est déjà tombée dans le beauty system et s’est fait endoctriner? Oh mon dieu! Que faire? Dois-je m’inquiéter? Me flageller? Dois-je comprendre que je suis une mauvaise mère? Je dirais même une méchante mère!

Vite! Qu’on m’apporte une chevelure noire, de longs ongles et un regard foudroyant…

pour mon plus grand bonheur!

LBF.

méchante reine

Fin de la séance 43

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