Un dragueur si proche.

« C’est triste de voir une si jolie femme assise seule »

Quel classique! On croirait entendre une réplique du délicieux Hugh Grant dans coup de foudre à Notting Hill, mais pourtant, cette prémisse «simili-romantique» m’était bel et bien adressée et j’étais, non pas assise dans un parc londonien, mais plutôt dans un carré de tourbe, place des festivals à Montréal. Mon interlocuteur n’avait rien en commun avec monsieur Grant, hors le fait qu’il semblait avoir appris un texte par coeur.

Il se présente sans se nommer ( une ruse pour se garder du mystère je suppose? ) mais plutôt en m’expliquant qu’il est Français ( pour vrai? C’est ça l’accent? ) mais comme un malheur n’arrive jamais seul : il est aussi Parisien.

Fallait que ça tombe sur moi.

Il s’auto proclame dragueur. Un français dragueur : pléonasme? Bref, il est ici en touriste, il repart dans quelques jours et souhaite faire des découvertes. Je me suis retenue de lui proposer le musée de pointe à Callières doutant qu’il faisait allusion à ce genre de découvertes. 

Il misait sur son accent pour me faire craquer comme un biscuit soda, sur ses belles paroles de miel pour me faire mouiller comme un chandail de cégépienne pendant une initiation et sur ses talents de cuisiner pour me préparer un bon «p’tit dej» le lendemain! En résumé, il était sur son terrain de jeu ( la drague ) et il n’allait pas s’avouer facilement vaincu. 

Alors comme la gentillesse est dans l’ADN des bonnes filles, j’ai essayé de le repousser MAIS avec diplomatie : il a pris ça pour de la timidité et naturellement ça l’a charmé.

  • Dragueur : 1
  • Fille polie : 0

«Vous les femmes, vous n’avez pas l’habitude de vous faire draguer au Québec? Tu ne peux pas être aussi belle et te surprendre qu’un mec vienne te faire la cour, le contraire aurait été sacrilège! Allez laisse-toi faire…. ne sois pas si RÉSISTANTE…. je ne vais pas te faire mal… tu vas voir, ça va être agréable….»

Quoi? J’ai éclaté de rire ( j’avoue que je me retenais depuis « vous les femmes » ). Mais il avait raison sur un point : 

Le Québécois moyen n’est pas un cruiseur. Je me souviens que le dernier qui avait eu le «courage» de venir m’aborder, m’avait demandé d’office si « Je voulais Jésus dans mon coeur? ».  Cependant, pour le Français, la drague est un sport national comme le foot, et comme ce dernier, il y a autant de feintes, trop de comédie et peu de gars qui finissent par marquer des points.  

Mais les bonnes filles ça laisse la chance au coureur… même au coureur de jupons!

J’ai donc écouté tout son baratin pendant une vingtaine de minutes. Dans les faits, je lui offrais une résistance plus longue que celle que son propre pays avait offerte aux Allemands en 1940. Mais je me suis abstenue de lui en faire la remarque.

Malgré tout, nous sommes chacuns repartis de notre côté. Comment ai-je réussie cet exploit? En lui expliquant tout simplement qu’il se faisait déjà tard et que je devais rentrer et…. ah oui! En lui laissant mon numéro de cellulaire! Le problème, c’est qu’une bonne fille : ça donne son VRAI numéro. 

Hier soir, j’ai donc reçu un texto de mon Don Juan du 14e arrondissement:

  • Est-ce qu’on peut se voir? C’est ma dernière soirée à Montréal. Je peux aller chez-toi?

Bon, il avait le mérite d’être clair! Je me devais, par respect, de l’être moi aussi, mais sans jamais oublier que j’étais une bonne fille:

  • Désolée, c’est pas possible mais je te souhaite un bon retour en France.

Bon, j’avais un peu menti : je n’étais aucunement désolée. Et puis là, à ce moment précis, je me suis dit qu’il allait probablement revenir à la charge en me traitant d’agace! Je m’attendais à recevoir les pires insultes quand mon cell se met à vibrer à nouveau: 

  • STP

Oh! Un dragueur bien élevé! Sa mère lui avait probablement conseillé, alors qu’il était encore gamin, de toujours être poli avec les demoiselles et qu’un «s’il vous plait» pouvait ouvrir bien des portes ( peut-être moins des jambes? ). J’ai donc décidé de lui répondre moi aussi par trois lettres. Un poli, direct et sous entendu « sans rancune mon vieux » : 

  • Non

Moi, ma mère m’avait conseillé que, dans le doute, je devais m’abstenir. Mais comme je le disais plus tôt, les dragueurs n’abandonnent pas aussi facilement :

  • STP !!

Vraiment un deuxième? J’en revenais pas! Il y avait tant de détresse et de désespoir derrière ses deux points d’exclamation. Manifestement, sa mère devait s’occuper de son ego de l’autre côté de l’océan. Je ne savais plus quoi répondre à ça. Mes yeux et mon coeur n’auraient pas supporté un tour du chapeau de s’il te plaît.

  • Ne sois pas si dure avec moi.

Non vraiment, là, je n’avais rien à ajouter. Voilà comment cette discussion post drague s’est arrêtée.   

Bon, ce soir je retourne Place des Festivals. On ne sait jamais, cette fois-ci, ça sera peut-être le beau Hugh!

Cette fois-ci, c’est peut-être moi qui dira STP…

LBF

LBF Hugh Grant dans un lit

Fin de la séance 3 

 

 

 

 

 

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Une réflexion sur “Un dragueur si proche.

  1. Ta référence sur l’entrée Allemande en sol Français en 2eGM était succulente! Bravo pour cette pointe bien réussie et ta plaisante écriture.

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